12 novembre 2008

La maison de mon enfance

Petite, mes parents vivant en appartement en région parisienne, nous étions très souvent fourrés dans la maison de campagne de mes grand-parents au cœur du Perche. Ils habitaient dans une ville moyenne à 30 km de là mais avaient décidé en 1970 (enfin surtout mon grand-père) d’acheter une petite maison en pleine campagne avec un grand terrain.

Pourquoi celle là plutôt qu’une autre ? L’occasion a fait le laron. Les voisins étaient des cousins éloignés. C’est comme ça qu’ils l’avaient repérée.

A l’époque on était encore loin des magnifiques résidences secondaires que les parisiens ont dans le coin actuellement. Ma mère se rappelle encore avec effroi qu’au début, les toilettes étaient dans le jardin et que la salle de bain était en fait un baquet derrière la maison. A ma naissance, quelques menus travaux avaient déjà été réalisés. Enfin, il y avait des toilettes et une salle de bain.

Mais toujours qu’une seule chambre.

Or chez ma mère, ils sont huit enfants. Quasi tous mariés avec des enfants. Ça manquait donc un peu de place. Mais on s’en fichait. Mes grand-parents dormaient dans la salle derrière un rideau et ma première activité après m’être réveillée consistait à courir dans leur lit pour me mettre entre eux deux. Déjà bavarde. Je me rappelle que mon grand père prenait ma peluche et la faisait parler.

Après nous nous mettions autour de la grande table de ferme pour prendre un petit déjeuner. Le lait venait de la ferme d’à côté (donc du vrai lait entier) et nous trempions allégrement nos tartines de rillettes dans notre boisson chaude. Quoi ? Oui, moi aussi, ça me dégoûte mais à l’époque, je faisais juste comme mon grand-père et je crois que j’aimais ça.

S’en suivaient des journées où nous courrions dans les champs de maïs (jusqu’au jour où ma grand mère me dit qu’il y avait des vipères), à donner à boire aux veaux de la ferme d’à côté, à manger de la semoule et du riz au lait (ceux de ma grand-mère sont une tuerie). C’était aussi les rires des enfants et des moins grands devant les pitreries de mon grand père, la tente dans le jardin pour en héberger quelque uns, les tours de vélos avec des engins tous plus pourris les uns que les autres, la vaisselle qu’on faisait dans le jardin dans des grands bacs, les voitures qu’on nettoyait toujours à cette occasion là et les batailles d’eau qui en découlaient, les lapins qu’on nourrissait avant de les tuer, les vaches qu’on aidait à vêler, les chamailleries avec mes cousins pour savoir qui tiendrait le bidon de lait au retour de la ferme …

Autant dire,  que d’excellents souvenirs.

A la mort de mon grand-père, de nouveaux travaux ont été effectués. On est passé à deux chambres (le luxe) et les plafonds ont été grattés laissant découvrir de magnifiques poutres.

Malgré la qualité de confort, ce n’était plus pareil. Le patriarche n’était plus là. Mais j’y ai encore passé beaucoup de temps. Des fois, une semaine entière seule avec ma grand-mère pour me requinquer, toujours ravie de retrouver des habitudes tenaces de plus de 20 ans comme d’aller le lundi à Mamers pour le marché (une institution le lundi à Mamers) ou de faire des gâteaux à la peau de lait.

Aujourd’hui, ma grand-mère est en maison de retraite. Elle n’a donc plus besoin de deux maisons. La maison de mon enfance est donc en  en vente.

Ce matin, je suis allée la chercher sur Internet. Pas moyen de cliquer sur « autres photos disponibles », il n’y en a qu’une. Moi j’en ai plein. Dans les albums photos de ma mère et dans ma tête. Des photos du bonheur.

Qu’est ce que je ne donnerai pas pour avoir 160 000 euros.

La maison a été vidée il y a plusieurs mois, et le bidon de lait… c’est moi qu’il l’ait !

Posté par marieatoutprix à 12:13 - - Commentaires [12] - Permalien [#]


Commentaires sur La maison de mon enfance

    C'est trop jouli ton message!!

    Posté par Gawelle, 12 novembre 2008 à 12:55 | | Répondre
  • Un bien joli billet ma belle... Et qui fait ressurgir un flot de souvenirs pour moi aussi. Même si la maison de mes grands-parents était plus grande, j'ai des souvenirs similaires qui me donnent le sourire quand je les évoque. Je n'ose penser au jour où cette maison devra être vendue. On se fait à l'idée j'imagine.

    Posté par Londoncam, 12 novembre 2008 à 18:10 | | Répondre
  • > Gawelle : merci. Le ton est différent de mes billets habituels. Contente que ça te plaise

    > Londoncam : ça me rappelle nos longues conversations dans la piscine de Korcula

    Posté par marieàtoutprix, 13 novembre 2008 à 11:43 | | Répondre
  • Tu as lu dans mes pensées !!

    Posté par Londoncam, 13 novembre 2008 à 11:45 | | Répondre
  • Très émouvant ton billet Marie... Moi aussi j'ai peur de courir dans les champs à cause des serpents, mais j'ai jamais connu de vie à la ferme, merci pour le voyage. Je t'embrasse.

    Posté par Carmen, 14 novembre 2008 à 00:33 | | Répondre
  • > Carmen : dans cette maison, au fond du jardin, tronait la caravane de tes parents qui nous a souvent servi de terrain de jeu avec mes cousins

    Posté par marieàtoutprix, 14 novembre 2008 à 09:22 | | Répondre
  • J'aime me rappeler ces souvenirs d'enfants moi aussi et je comprends cette émotion qui transparait ici Miss...
    Je ne suis pas retournée dans la maison de mes gds parents en Italie depuis le dècés de ma grand mère et je dois dire que d'y penser me sert la gorge alors j'imagine pour toi...

    Biz

    Posté par sofiso, 14 novembre 2008 à 11:57 | | Répondre
  • Oh oui c'est vrai la caravane! Il était immense ce jardin si je me souviens bien ou alors c'est que j'étais petite... En tous cas, tes souvenirs t'appartiennent, ils sont bien à toi, à partager comme tu l'as fait, et ils font resurgir ceux des gens qui te lisent. C'est précieux, ça.

    Posté par Carmen, 14 novembre 2008 à 16:11 | | Répondre
  • > Sofiso : j'imagine ta maison italienne avec ta mama de grand mère et l'odeur de nourriture qui s'échappe de la cuisine...

    > Carmen : il parait beaucoup moins grand maintenant. Mais c'est vrai que petite, il me paraissait immense...

    Posté par marieàtoutprix, 15 novembre 2008 à 12:33 | | Répondre
  • Quel beau récit, raconté si bien qu'on ait envie de s'approprier vos souvenirs nous-mêmes !

    Posté par Eliza D, 16 novembre 2008 à 13:12 | | Répondre
  • > Eliza D : je vous fais partager mes souvenirs mais je garde le pot de lait

    Posté par marieàtoutprix, 17 novembre 2008 à 15:55 | | Répondre
  • Je suis dans le même cas que toi, voir la maison des grands parents partir est quelque chose de triste. Mais je me dis que les souvenirs resteront à jamais gravés.

    Posté par Krevette, 22 novembre 2008 à 23:00 | | Répondre
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